Aurélie Dorzée sous nos projecteurs

Entretien avec F. Renson

Après un écolage avec Panta Rhei et Trio Trad, la violoniste Aurélie Dorzée sort «Festina Lente », un trio suspendu à de fines atmosphère. Aurélie Dorzée porte, désormais, un projet personnel et identifiable sous l'étiquette chantante d'Aurélia. "Depuis toujours, j'avais envie d'amener une touche personnelle dans les arrangements pour sortir de la mélodie traditionnelle, tant au niveau de la forme que de la structure. "

L'exploration prendra, le temps qu'il faudra jusqu'à l'apparition récente de « Festina Lente » dans les bacs. Comme un accouchement long de plusieurs années et qui nous ramène en 2002 quant, avec son père metteur en scène et homme de mots, Aurélie Dorzée tentait un projet mêlant texte et compositions personnelles portées par un saxophone, un violoncelle et son propre violon. Trois ans plus tard, le concept a pris le temps de mûrir avec un entourage qu'elle voulait plus proche de son bagage traditionnel.

Ainsi le percussionniste Stephan Pougin et l'Anversois Tom Theuns pointé parmi les guitaristes les plus créatifs du royaume. Avec un nouvel élan pour Aurélia qui pouvait s'enrichir de la touche personnelle de Theuns dans l'écriture de plusieurs plages. » J'apprécie le personnage clownesque et loufoque qu'il insuffle dans l'album. Comme une touche de légèreté et d'humour posée sur mon écriture plus mélancolique. » Tom Theuns y travestira sa voix sur des mots encore inconnus des sciences linguistiques, mais qui parviendra à traduire les émotions des personnages traversant l'univers du cirque et des foires foraines cher à Aurélia.

Dans le registre chanté on citera la valse au nez rouge « d'Auguste », l'intrigant « Selon Mr Grumaux » et le vent d'est de « Lisa Linn », tandis que la trilogie des « Tharoul » ancre l'inspiration d'Aurélie Dorzée dans le cadre d'une ferme condruzienne.

Tous ces courts métrages musicaux font de « Festina Lente » une plaquette, aux atmosphères multiples, et puisées dans un imaginaires fertile. La porte est grande ouverte à une redécouverte du violon dans un registre semi-classique et terriblement actuel, qui pousse l'écoute jusqu'à la révélation. Sur onze compositions et une adaptation du « Gnossienne » d'Erik Satie pour définitivement marquer ce « Festina Lente » au fer rouge d'une passionnante invitation au voyage.

« Avec Aurélia, je n'ai pas une écriture violonistique »

Comment parvenir à passer du registre Trio Trad à celui d'Aurélia, en un seul soir, comme dernièrement au Festival d'Art de Huy ? « Il faut zapper » résume Aurélie Dorzée. Trio Trad est plus festif, plein d'énergie. Ce sont des musiques de danse ou l'exercice est plus figé, très rigide pour garder l'esprit des compositions originales qu'on va puiser dans les racines européennes. Par contre, avec Aurélia, on se laisse beaucoup plus de place pour l'improvisation. Dans cet album, je n'ai pas du tout une écriture violonistique. C'est une musique qui n'est pas directement liée à l'instrument. Et c'est d'ailleurs, beaucoup moins confortable. »

« L'univers de Festina Lente est assez féminin »

Aurélia, consonance féminine d'un album « Festina Lente » qui en regorge. « C'est Tom Theuns qui a suggéré ce nom pour le trio. Après tout, c'est une manière d'assumer, de manière déroutante, le fait que cela soit un album personnel. D'ailleurs, l'univers de Festina Lente est assez féminin. J'ai, pour l'instant, beaucoup de retour de femmes. Peut-être parce qu'elle se retrouvent plus dans cette volonté de tisser différentes atmosphères. Sur scène aussi, cela peut transparaître dans ce que je porte comme vêtement. Pour un concert, je ne me vois pas débarquer en jeans par exemple, la robe que je porte, j'ai flashé dessus, dans une brocante à Montréal. Elle m'a coûté 20 dollars. »

« Chanter sur scène, c'est se mettre à poil »

Verra-t-on, un jour Aurélie Dorzée s'essayer au chant comme l'exercice réussi de Tom Theuns sur « Festina Lente » ? « Moi, passer au chant ? je pense que cela sera problématique, je n'ai pour l'instant pas assez d'audace pour cela. Chanter sur scène, c'est se mettre à poil ! Au début de Trio Trad, je lisais des textes pour enfants dans le cadre d'une campagne que nous avions faite dans les écoles. Ca j'aimais bien. Mais chanter...Par contre j'ai toujours rêvé de faire un spectacle toute seule. Mais ce n'est pas encore pour maintenant. En faisant cet album, j'avais besoin d'affiner des choses qui était en gestation. C'est comme un accouchement ? Festina Lente. Hâte toi lentement...
La culture, c'est...
A mon sens, la culture est une choses essentielle. Parce que pour avoir des émotions, les gens ont besoin de voir des artistes sur scène . Maintenant la démarche d'aller à un concert, reste un chemin difficile pour beaucoup de personnes. C'est pourquoi les artistes se battent pour les faire venir dans les salles et les sortir de leurs carcan séculaire. Un concert, ça te bouleverse. Ca te transforme. C'est des larmes aussi.
Quand je compose, j'y mets mes émotions. Par contagion, elles peuvent gagner le public. Car, après tout, on fait de la musique pour susciter des images et des émotions. Personnellement , je n'ai pas vu beaucoup de concerts. Mais, j'en ai, chaque fois, gardé un souvenir très précis. Je me souviens, ainsi, avoir vu le violoniste Isaac Sterm quand j'avais 17 ans. Son répertoire était immonde, mais sa présence sur scène aura été pour moi, une grande révélation. C'est la marque des artistes qui parviennent à pousser leur travail tellement loin en mettant leur ego de côté. A l'opposé, il n'y a pas plus déplaisant chez un artiste que le côté narcissique, je m'écoute jouer...
C'est triste qu'il n'y a plus de musicien dans les rues. Aujourd'hui, il n'y a plus de place pour les troubadours. Et puis, en 2005, tu n'es rien sans l'écho des médias. Si la presse ne parle pas de toi , tu restes dans l'oubli. Au Moyen- Age, un bon musicien se faisait connaître à travers le France en trois semaines, grâce au bouche à oreille. Aujourd'hui, c'est inconcevable. Quant je vois ce que Jean Christophe Renault a pu produire de merveilleux pendant des années sans que personne n'y prête attention. Heureusement pour lui, l'expérience collective autour de Didier Laloy , l'année dernière, l'a remis dans le circuit.
C'est l'époque qui veut cela, malheureusement. Comme la production de disques, qui sont de plus en plus propres. Avec Aurélia, nous avons fait le pari d'une musique artisanale. On a volontairement laissé des petites erreurs d'enregistrement, pour que cela soit plus vivant. Il y a une grande part d'improvisation en studio. Des choses imprévues sont venues dans la voix de Tom Theuns et sont finalement restées. Sur scène aussi, l'album va grandir dans les prochains mois. Là, on va partir en résidence à Avignon pour notamment y travailler des compositions plus rock, afin de diversifier la conduite du spectacle.

Bron: 

Le Jour Huy Waremme 24 août 2005. Entretien avec Frédéric Renson

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